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Le jour où j’ai rencontré Jean Ragnotti

jeannot

Il y a quelques années, quand j’accompagnais Saad à ses courses de rallye dans le nord de la France, j’ai découvert un pilote de rallye (fou), son nom, Jean Ragnotti ne me disait rien à l’époque mais son style de conduite m’avait instantanément bluffé.

Chargé d’assurer l’assistance technique de mon binôme de MyGT et de son pilote, Pierre, je me retrouvais souvent seul entre deux spéciales en attendant mes amis arriver. Je tuais le temps dans la buvette avec un sandwitch saucisse-frites immonde et un demi de bière fraiche du coin. Le bonheur. Surtout quand les organisateurs prévoient de consacrer le week-end entier à un guest spécial, quelqu’un qu’on appelle Jeannot, un papi a priori venu de loin pour faire le show en voiture 0. Tous les écrans de la structure de ce rallye de la Lys lui sont consacrés, on repasse son palmarès en boucle : Renault 8 Gordini, Alpine A110, Renault 5 Turbo, Renault 5 Maxi Turbo (j’avais reconnu l’époque du groupe B), Renault Super 5 GT Turbo, Renault Clio Williams et bien d’autres. Je suis fasciné par ces images, je n’arrive pas à décoller, ce monsieur, qui prend tous les virages en frein à main, est en train de devenir mon idole. Sa conduite, non, son pilotage ressemble plus à un show qu’à un pilotage sérieux de la course, et pourtant…

Pierre, le pilote de Saad, est tout fou parce que Jean Ragnotti est présent quelque part sur le rallye, je commence à comprendre son enthousiasme. Fin de journée arrive, la dernière spéciale est finie, il faut rentrer à l’hôtel parce qu’il ne reste plus beaucoup de temps de sommeil à l’équipage avant la première course très matinale le lendemain. Pas de Jeannot aujourd’hui, on essaiera de la voir demain. Mais demain non plus il n’y aura pas de Jeannot. Trop pris par notre propre course, le week-end s’achève sans le maestro, tant pis, ce sera pour une prochaine fois.

Et cette prochaine fois est arrivée il y a quelques semaines au Castellet, à l’occasion des World Series by Renault 2013. Je me libère enfin du temps pour rencontrer Jeannot.

Avec Marie on décide de faire de ce week-end un week-end 1000% automobile (oui, mille), alors c’est au volant d’une jolie voiture suédoise que nous nous rendons au Castellet (815.7 km en partant de chez nous) pour quelque chose comme 24h de folie… automobile. Entre les tours de piste en TwinRun avec Coulthard, la découverte de la nouvelle Mégane R.S. et autres discussions sur l’avenir de l’Alpine, j’ai rencontré Jean Ragnotti (AHHHHHHHHHHHHHHHHHH !). Une averse très violente s’abat sur le circuit du Castellet (hashtag le climat Méditérranéen), nous sommes contraints de nous réfugier dans l’hospitality Renault Sport (une tente géante servant de réfectoire pour tout le staff et les invités) et là, je tombe nez-à-nez avec un petit monsieur au très grand coup de volant. « Vas-y, va lui parler mec ! », le problème c’est que je n’ai strictement aucune idée de ce que je pourrais lui dire. Monsieur Ragnotti, depuis des années je suis fan de vous, vous êtes génial, vous êtes le meilleur ? Non, ce n’est pas mon genre, je n’ai pas envie de gêner, puis globalement ce n’est pas ça que j’ai envie de dire à Jeannot. J’ai envie d’écouter ses histoires, j’ai envie de savoir comment à 68 ans on arrive à faire des 360 parfaits à plus de 200 km/h… J’ai juste envie qu’il me raconte 2-3 anecdotes délirantes de pilote-déconneur, j’ai envie qu’il me fasse rêver tout simplement.

L’équipe de Renault et Renault Sport (Maya, Xavier, Geoffrey et Jean-Maxime, ces gens sont absolument extraordinaires !), connaissant mon admiration pour Jean, l’invitent à notre table pour partager le dessert ensemble. OH MON DIEU JE VAIS MANGER AVEC JEANNOT ! OH MON DIEU IL MANGE ! Quelques bouchées de tarte à la pomme plus tard les conversations s’installent. « Jean, comment on fait pour réaliser un 360 aussi parfait que les tiens ? » – « Alors c’est curieux parce qu’il y a bien des années de cela on m’a posé la question et j’étais incapable d’y répondre. Je n’en sais rien, c’est automatique, je fais ça aussi naturellement que je passerais une vitesse. En fait je vais te donner la même explication que j’ai donnée l’autre jour à cette personne. Quand t’es en ligne droite, tu te mets bien à gauche, 180-200 km/h c’est bien (j’ai battu mon record à Barcelone l’autre coup, j’étais à 245 km/h !), tu fais appel(droite)-contre-appel(gauche) et au moment où ta voiture commence à partir tu tires ton câble, là tu la balances et tu lui fais faire un demi-tour, mais tu soulages une fois que t’as fait un 180. À ce moment tu te mets au point mort et tu relâches les freins, tu laisse l’inertie amener la voiture en marche arrière, et contre-braques d’un coup sec tout en remettant la première et hop,  t’as refait un 2ème 180 ». Ce serait donc si facile que ça ! Il faudra que j’y pense la prochaine fois que j’ai une voiture à l’essai. Euh, non en fait.

On a enchainé sur l’histoire de la Formule 1 d’Alain Prost. Quoi ? Vous connaissez pas cette histoire ? Je cite : « Je roulais ici, au Castellet, avec la Formule 1 d’Alain Prost, je m’amusais à la faire glisser dans les virages, comme un gamin. À un moment dans mon rétro je vois de la fumée qui se dégage de l’arrière, je me dis merde, la monoplace est en train de prendre feu, alors je m’arrête un peu à l’écart des commissaires, je descends, je prends l’extincteur, j’éteins le feu et je repars m’amuser avec. Attends, ça va, elle roulait bien encore ! ». Note pour la fois où je piloterai une F1, ne pas oublier de checker la présence d’un extincteur, source potentielle de fun.

Et des histoires comme ça, Jeannot en a des milliers. Des 20 minutes passées à table avec nous, il n’a pas arrêté de nous en raconter. À un moment je lui ai demandé ce qui était plus amusant, taper les chronos ou « faire le con », il a rayé la mention inutile « chrono » et pourtant il compte tout de même un joli palmarès à son actif : le Montecar en 81, le Tour de Corse en 82 et 85, et globalement il a remporté trois victoires sur des épreuves du championnat du monde des rallyes, et a disputé 43 épreuves étalées sur 23 années, de 1973 à 1996. Au niveau national, Jeannot s’est classé 11 fois (et c’est le seul pilote à avoir une telle perf) dans les 5 premiers -et 14 fois dans les 8 premiers- du championnat national, en 26 années (dont 5 podiums).

Je ne sais pas si vous l’avez compris, mais avant ces World Series by Renault j’étais plus que fasciné par Jean Ragnotti, avec Ari Vatanen (que j’ai également rencontré récemment) il faisait partie des légendes automobiles du monde dans lequel je vis. Jeannot quoi, cette maitrise, cette classe, cette petite personnalité au grand cœur ! Durant notre rencontre-repas il n’a pas arrêté de me donner la chair de poule, j’étais aussi bien hypnotisé par la simplicité du personnage que par la richesse de son passé intimement lié à Renault.

Bon, je n’aime pas du tout faire ça mais j’ai pris une photo avec Jeannot.

Et, une chose que je me permets d’avouer ici parce que je sais que vous n’irez jamais me dénoncer, quand on était à table avec Jeannot j’ai profité du moment où il s’était absenté pour lui voler son dessert. Oui, je l’ai volé en le remplaçant par le mien, plus petit, et je l’ai mangé. Voilà, c’est avoué.

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