Actualités publié par

John Baird, un crash qui m’a fait chialer

C’était avant hier à Pikes Peak. La course touche presque à sa fin, ça fait 16 heures qu’on est debout avec Brice et Anthony, toutes les images sont tournées, on s’apprête à quitter la piste où l’on voit défiler les engins de tous genres depuis quelques heures. Allez, un dernier et on s’en va, la journée est loin d’être finie, on se refait une tournée de RedBull avant de prendre place à l’arrivée des pilotes. Il est où le prochain pilote, il tarde à venir ?! La Safety Car n’est pas passée, il s’est donc passé quelque chose avant, pourtant on n’est pas loin, 9ème ou 10ème virage à tout cassé, sur 156. On attend. Au bord de la piste, comme d’habitude, comme tous les spectateurs de Pikes Peak. 10 min. 15 min. Bon, tant pis, on le verra passer à travers les arbres. Ah tiens, c’est quoi ce truc jaune ? Oh non, merde ! Un voiture homemade (basée sur une Porsche 914 de 1972) dans un rocher, complètement défoncée, un tas de ferraille… Impossible de survivre à un choc pareil ! Mon dieu non, je veux pas voir ça ! La Safety est là, la dépanneuse aussi, les commissaires s’apprêtent à dégager la voiture de là, à côté d’eux, à l’écart du public, de l’autre côté de la route, un pilote. LE pilote. Un grand monsieur costaud, j’sais pas, il faisait 1m90/95 facile, d’apparence cowboyesque. Il était en larmes. Il regardait sa voiture. Les gens. Il n’y croyait pas ses yeux. 4ème virage. Perte de contrôle. Le public, le caillou, leur vie, la mienne. Il a choisi de foutre en l’air (désolé mais je ne trouve pas d’autres mots) sa vie, sa voiture, son rêve, son projet, en fonçant dans ce rocher. Cadavre ou meurtrier, ce choix, cette décision, il a eu un millième de seconde pour la prendre, moi ou eux, les spectateurs bourrés avec un million de GoPro ou ma petite personne et la voiture que j’ai conçue ? Il a choisi la mort. Mais la mort n’a pas voulu de lui. Elle lui a laissé une chance. Sa blessure est profonde mais il n’a même pas un bleu, sa blessure c’est son échec. Je le regarde, il me fait énormément de peine. Il est en pleure (pourtant je pense qu’il faut y aller pour faire pleurer un bûcheron comme lui !), il se jète dans le bras de sa femme, il s’effondre…

Avec la chaire de poule sur tout le corps on rentre dans notre tente boire notre boisson énergisante, on s’écroule de fatigue. La dépanneuse nous suit avec une masse de métal jaune dans la benne (Ben ? Ben ? Benoît ?). La foule applaudit, ceux qui étaient assis se sont mis debout pour applaudir, tout le monde compatit, l’atmosphère, déjà riche en émotions, devient de plus en plus tendre, humaine, incroyable ! La dépanneuse est arrêtée, on s’approche pour y jeter un dernier œil avant d’oublier cette histoire, parce qu’honnêtement ça fait bizarre, tu te sens « impliqué », tu es là sur place, tu vis la même chose que le pilote crashé, tu partages ça avec lui… Un moment d’émotion à part que je n’avais jamais vécu jusque là. Je m’approche, et je pense que c’est ça qui m’a le plus marqué, c’est ça qui a fait que je vous en parle aujourd’hui : sur le côté droit de la carrosserie, le côté qui a tapé la roche, parmi les débris du métal un bout de carrosserie intacte. Le texte qui a été épargné par le choc : « -Support- Carissa, My Kids, Family & Friends » (c’est ça qui m’a fiat chialer, mais chut ! C’est la fatigue tout ça ! ). Tu imagines forcément tous les efforts que John a fait pour participer à cette course, tous les mois (si ce n’est des années) de préparation, de construction de la voiture, d’essais, etc. Tous les rêves partis en fumée au 4ème virage…

Bref, un moment d’émotion forte que j’avais envie de partager avec vous.

pikes_peak_2013_john_baird_crash-2

pikes_peak_2013_john_baird_crash-3

pikes_peak_2013_john_baird_crash

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Publicité

Rechercher

Rejoignez-nous sur

Publicité